Manifeste TCP/UP
Pour une transparence éthique et déclarative de l’usage de l’IA dans la création de contenu
Une initiative née du terrain
Ce projet ne sort pas d’un comité de régulation, mais d’un double constat, à la fois professionnel et personnel. Côté professionnel, j’ai vu la confusion s’installer, comment valoriser un travail de fond quand l’ombre de l’automatisation plane sur chaque ligne ? Côté personnel, en tant qu’utilisateur, j’ai ressenti ce besoin de savoir qui me parle vraiment.
Le constat d’un manque
Avant de lancer ce projet, j’ai cherché si une telle démarche existait déjà. Il existe des initiatives majeures, mais aucune ne répondait précisément à mon idée :
- L’AI Act européen : un cadre juridique et réglementaire global, mais complexe. Il impose des obligations de transparence aux « déployeurs » de systèmes d’IA (notamment l’article 50), mais sans fournir d’outil pratique ni de grille de lecture accessible au grand public
- Content Authenticity Initiative (CAI) : un standard technique axé sur la preuve de l’origine de l’image, soutenu par les normes IPTC et C2PA
Ces outils fournissent une infrastructure technique robuste, ils permettent d’ancrer la preuve d’utilisation de l’IA directement dans les fichiers (métadonnées signées, historique des modifications, nom du modèle, etc.), mais ils restent complexes pour le grand public et ne répondent pas à une question simple : « À quel point l’humain a‑t‑il été impliqué dans ce contenu ? ».
Le Human‑Washing : la nouvelle zone grise
Définition : Le Human‑Washing consiste à présenter un contenu comme le fruit d’une réflexion humaine, alors qu’il a été largement généré ou orienté par une IA, sans que le lecteur en soit clairement informé. Cette pratique, délibérée ou par omission, brouille la frontière entre création authentique et production automatisée.
Ce phénomène engendre trois symptômes majeurs :
- Suspicion généralisée : Le public doute de l’origine de chaque texte, image ou vidéo, ce qui érode la confiance dans l’ensemble des contenus numériques
- Dévaluation de l’expertise : Le travail de fond, la recherche et la réflexion humaine se retrouvent noyés dans la masse synthétique, sans possibilité de distinction.
- Opacité des méthodes : En l’absence d’indication claire, le lecteur ne peut plus distinguer l’auteur authentique du contenu automatisé, rendant impossible une évaluation éclairée de l’information
TCP/UP propose une solution simple : la transparence volontaire. En déclarant ouvertement le rôle respectif de l’humain et de l’IA, chaque créateur restaure la confiance et valorise son véritable apport.
Pourquoi l’étiquetage binaire « IA ou pas IA » est une impasse
Le débat actuel sur la création numérique souffre d'une vision binaire qui ne reflète pas la réalité du terrain. Les systèmes d'étiquetage imposés (par les plateformes ou les algorithmes de détection) échouent pour trois raisons fondamentales :
- La stigmatisation injuste : Une étiquette unique « Contenu IA » ne fait aucune distinction entre un auteur qui utilise l'IA pour corriger sa grammaire (HCA) et celui qui génère un article entier d'un clic (AIC). Cette opacité crée une suspicion généralisée qui pousse les créateurs à cacher leurs outils par peur du discrédit, renforçant paradoxalement le manque de transparence
- La zone grise de l'hybridation : La création moderne est un spectre. En forçant un choix entre « 100% Humain » ou « 100% IA », on nie l'existence de la co-construction intellectuelle (ACE). Cette binarité est incapable de valoriser l'intention humaine lorsqu'elle pilote une exécution machine
- L'impuissance technique : Aucune preuve cryptographique ou filigrane ne pourra jamais garantir l'absence totale d'IA de manière infaillible. Le jeu du « chat et de la souris » entre détecteurs et générateurs est une course perdue d'avance
La seule issue : la déclaration de bonne foi
Puisque aucun verrou technique n'empêchera jamais une personne de mauvaise foi de mentir sur son processus, la solution ne réside pas dans la preuve, mais dans l'engagement.
TCP/UP fait le pari de la responsabilité. En proposant une échelle de 5 labels nuancés, nous sortons de la défiance pour entrer dans l'ère de la transparence volontaire. Celui qui adopte TCP/UP ne cherche pas à prouver qu'il ne ment pas, il choisit d'exposer sa méthode par respect pour son audience.
Finalement, face à l'invérifiable, seule la sincérité déclarée de l'auteur peut restaurer la confiance. Si la mauvaise foi est toujours possible, la bonne foi, elle, doit enfin disposer d'un langage pour s'exprimer.
TCP/UP : la boussole éthique et la grille de lecture
La démarche de TCP/UP est déclarative, lisible et fondée sur la nuance. Là où d’autres dispositifs cherchent à détecter, tracer ou authentifier, TCP/UP cherche avant tout à rendre compréhensible le mode de production d’un contenu.
TCP/UP ne remplace pas les standards techniques comme CAI, IPTC ou C2PA. Il se positionne comme une couche éditoriale et sémantique complémentaire, centrée sur une question simple : quel a été le rôle réel de l’humain dans ce contenu ?
- Une boussole éditoriale : là où la technique peut signaler qu’un contenu a impliqué un outil d’IA, TCP/UP permet à l’auteur de déclarer la nature de cette intervention. Par exemple : fond humain, formulation assistée avec le label HCE
- Une grille de lecture universelle : avec seulement 5 labels (HUC, HCA, HCE, ACE, AIC), n’importe quel lecteur comprend immédiatement la nature de l’intervention humaine
Elle peut être utilisée pour tout contenu textuel : du simple billet de blog au rapport technique complexe.
« Face à ce flou et à l’absence d’outil adapté à ce périmètre, j’ai choisi de lancer cette initiative citoyenne indépendante. Mon objectif : créer un outil simple et honnête pour redonner du pouvoir aux créateurs et de la clarté aux lecteurs. »